Une ombre escalade un mur. Rapide, elle s'engouffre dans la maison par une fenêtre restée ouverte. Etant habitué à l'obscurité, l'ombre regarde autour de lui et détaille la pièce dans laquelle elle se trouve. Une vaste salle à manger, aux murs couverts de tentures de soie. Au centre de la pièce trône une grande table aux pieds sculptés. Autour se trouvent des chaises toutes aussi belles. Le sol est de marbre blanc. Mais ce n'est pas ce qui l'intéresse. Discrètement, elle sort de la salle et arrive dans un couloir. Cela fait deux jours qu'elle observe la maison, elle la connaît par coeur. Tout comme la vie de celui qui l'habite. A cette heure, il est couché dans sa chambre, à exactement huit mètres à gauche de la salle où il s'est sustenté deux heures auparavant. L'ombre est devant la porte maintenant. Elle l'ouvre et s'introduit dans la chambre. Sa proie est couchée, comme prévue, dans son grand lit à baldaquin dont les rideaux sont restés ouverts, comme d'habitude. Un poignard luit dans l'obscurité. L'ombre détaille les cheveux bruns de sa proie, les mouvements de sa respiration. Elle frappe. Trois fois. La proie n'a pas le temps de se réveiller. Le corolle rouge tache le drap devenu linceuil. L'ombre essuie soigneusement son poignard et le range. Elle sort une flûte d'argent et commence à jouer un air funèbre se terminant sur une longue note qu'elle tient pendant plusieurs longues secondes. La note s'élève dans les airs comme un dernier hommage au défunt. L'ombre range la flûte, ressort par où elle est entrée, sans laisser aucune trace, refermant la fenêtre derrière elle. Elle repart au point de rendez-vous.
Leander a encore volé une vie.